Marc Pataut et Philippe Roussin, Photographie, art documentaire, Tracés. Revue de Sciences humaines, 11, 2011, URL:, consulté le 11 juillet 2019. Faire lien face à lexclusion sociale. Perspectives dun développement durable en santé mentale. Les commissaires scientifiques de lexposition, les assistantes du commissariat scientifique.
La cinquiÃme habitation navait pas encore de locataire, jai compris que sa construction Ãtait une mesure de prÃvision et, comme la dit Bernard, Cela peut servir comme dÃbarras. Il faut conserver lordre ici, de temps en temps on est visità par la police municipale et nous devons nous montrer propres. En fait on nest pas diffÃrents des autres, mais nous sommes constamment obligÃs dêtre mieux que le reste du monde.. Se montrer propres, se montrer convenables sont les leitmotive des personnes à la rue. Il leur faut connaÃtre la norme, suivre les bonnes maniÃres. Elles ne sont pas forcÃment dupes. Pour quelques-unes des personnes rencontrÃes, adhÃrer à la norme cest vouloir se diffÃrencier dun acteur symbolique renvoyà au pÃle nÃgatif le clochard, le dÃsocialisÃ, le marginal, le profiteur, construit par les observateurs extÃrieurs qui sont aussi des entrepreneurs de morale travailleurs sociaux, acteurs socio-politiques proches de laction sociale, acteurs de la sÃcuritÃ.. Mais cest aussi appliquer la norme sans avoir dÃcidà de lobserver, comme un assujettissement, comme leffet dun pouvoir inscrit durablement dans leurs conduites quotidiennes. 12La difficulté la plus importante dans laccointance entre la mesure du don et son objet tient sans doute à la conciliation à réaliser entre la possibilité de louverture et celle de la clôture. Il semble que se joue là une tension considérable entre dune part, une dynamique quenclenche louverture du don, et quon pourrait définir comme engrenage, qui tient à sa qualité de promesse ; et dautre part, la nécessité pragmatique de trouver des formes de mesure et de clôture, qui saccrochent au quoi du don, le concrétisent et le balisent, mais disent aussi sa délimitation. Mais concrètement comment nos deux corps ethnographes vont-ils être porteurs de sens dans notre partage du quotidien dans des villages afromexicains? Chrétien J-L, 2007, Répondre. Figures de la réponse et de la responsabilité, Paris, PUF. Dans cette perspective, jai compris que rencontre avec sdf associée à ce type dinterlocuteurs. Si ces personnes se présentaient à moi à travers une image et un récit stéréotypés, cétait, me semblait-il, quelles entendaient à travers cette présentation parfaitement orthodoxe delles-mêmes, se donner un statut, une identité et pouvoir être ainsi reconnues. Elles connaissaient limage rencontre avec sdf des sans-abri, des SDF, qui circule entre les différents intervenants du social et elles cherchaient à sy conformer. Michel Rautenberg, directeur adjoint du Centre Max Weber, Université Jean Monnet, Saint-Etienne. Les qualités humaines mises en œuvre in situ pour sadapter au mieux aux différentes situations rencontrées en milieu palliatif demandent certaines capacités sociales, cognitives et émotionnelles qui ne peuvent être réduites à lapplication de règles déontologiques telles quelles sont couramment énoncées. De fait, celles-ci sont toujours définies en anthropologie de manière très générale, à partir de grands principes respecter les personnes afin de développer une analyse au-delà des jugements de valeurs, demander lautorisation denregistrer, garantir lanonymat et le respect des propos recueillis, mettre à la disposition des interlocuteurs les retranscriptions dentretien et la recherche aboutie Beaud, Weber. Ces règles fixent bien évidemment la responsabilité du chercheur et guident son action dans lensemble, mais ne proposent pas déléments de réponse détaillés en terme de savoir-faire et de savoir-être. Par exemple, durant nos investigations dans les différents lieux de soin nous avons bien entendu côtoyé de nombreuses personnes en fin de vie. Au fil du temps, une certaine confiance se nouait avec des personnes en proie au doute quant à leur condition, à létat de leur maladie ou à la suite de leur traitement. Ayant eu accès aux colloques des équipes soignantes, nous disposions dinformations susceptibles de lever ces doutes. Sil na jamais été question de simmiscer dans la relation de soin et de se substituer au personnel soignant, il était par contre plus périlleux de justifier les raisons de notre présence, alors que nous étions régulièrement questionné sur ce sujet. Il était aisé de se présenter en tant que chercheur, mais plus difficile dexposer que nous nous intéressions à la fin de vie et à la prise en charge de personnes mourantes. Dans un tel cas de figure, les principes déontologiques classiques ne sont que dune piètre utilité dans la mesure où ils ne nous permettent que de signaler un décalage entre la volonté dinformer des raisons de notre présence et limpossibilité de le faire complètement. Ce dilemme nest certes pas nouveau, mais il prend une teinte particulière dans un contexte où léthique occupe une place centrale et, soumise à un contrôle croissant, peut être retournée contre le chercheur pour le mettre en faute ou tout du moins le disqualifier. Il signale ainsi un déficit qui, à mesure que léthique simposera comme un critère décisif pour mener des recherches en sciences sociales, se révélera toujours plus handicapant. Autrement dit, la déontologie ne semble plus suffisante.
Le maintien de cette distance passe par ladoption dune posture intellectuelle qui consiste à considérer tous les matériaux recueillis comme étranges, sinon étrangers à soi. Sous cet angle, il me semble tout à fait faux de croire comme le font certains auteurs cf. Hennigh 1981, et peut-être même préjudiciable pour lethnologie, que les chercheurs occidentaux puissent être leurs propres informateurs. Même culturellement proche, linformateur doit rester un autre. Bourgois Philippe, En quête de respect. Le crack à New York, Paris, Seuil, 2001. De la même façon, un jour, je me rendis à la pharmacie, endroit tenu en général par des personnes blanches ou à peau claire. La dame qui me servit, étonné de me voir parler comme les gens de la côte, me demandait doù jétais. Je lui répondis que jétais de la côte. Tout dabord elle ne me crut pas puis lui citant un nom de famille blanc et le nom dun soi-disant cousin, elle acquiesça. Je correspondais : tel nom de famille et blanc. Etant donné que cette contribution est un regard croisé entre deux chercheurs, il a été privilégié une construction discursive à deux voix. Lemploi du Je signifie que cest lun des deux chercheurs qui prend la parole. Pour plus de lisibilité nous avons tenu à séparer les deux expériences. Le Nous signifie que cest les deux anthropologues qui parlent 1995. Les personnes SDF sur le quartier du Petit Nanterre. Entre un espace denfermement et un territoire de mémoire. DASS des Hauts-de-Seine Ronéo. Anthropologisf s methodological itinerary : reflexivity, a theoretico-methodological choice or how to go beyond the story of the presentation. Jean Maisondieu, La Fabrique des exclus, Bayard, 1997. 27Lhumanité de ces malheureux devient pourtant dans le récit proposé une figure abstraite, de plus en plus détachée du monde social, sans racines : ils nont pas de territoire reconnaissable ou si vaste, du fait de leur rattachement à lÉtat. Saisis en dehors des rapports de médiations sociales, soustraits à toute appartenance territoriale, ces individus doivent désormais compter avec une appartenance nationale qui justifie limpuissance locale : Objectivement ils sont ailleurs. Il y en a quelques-uns qui sont inscrits dans le bureau de vote, il y en a même quelques-uns qui votent, dailleurs cest émouvant, cest un lien avec la société pour eux. Mais ils ne sont pas attachés véritablement à une ville, alors ils sont toujours dailleurs maire adjoint délégué à la vie de quartier. Dépouillés de leur appartenance de classe, les SDF ne sont pas non plus éligibles à la solidarité de proximité. Ces personnes sont la manifestation du délitement de la société, leur passé nest pas celui dune appartenance de classe.. Ce sont des gens actuellement à part. En conclusion : De toute manière, lessentiel cest que ces personnes ne sont ni dici ni dailleurs. Le couronnement de la désaffiliation sans retour est accrédité. Sans marques dorigine, lhumanité qui nous est présentée se situe en dehors du monde. Ce nest pas comme les personnes issues de limmigration au Petit Nanterre, elles ont des souvenirs, un passé, elles sont un peu de là-bas, un peu dici, elles entrent dans votre vie. Les SDF ne peuvent pas rentrer dans votre vie.. Comment? chef de projet de ville du quartier. La comparaison avec la population du quartier revient sans cesse dans les discours pour indiquer que les SDF nont pas même cette qualité détrangers, car ils ne peuvent rendre compte dune inscription originelle, dune appartenance ailleurs. Une façon de signaler également quêtre étranger à Nanterre nest pas un critère dexclusion. La tradition hospitalière de la commune est sauvegardée, dans la mesure où, comme lénonce le chef de projet du Petit Nanterre : Il nest même pas question dhospitalité, plutôt dhumanité, les SDF ont plutôt besoin dune prise en charge, ce nest pas le cas lorsquon accueille quelquun par hospitalité. Accueillir quelquun cest un signe dacceptation, de respect, damitié, de reconnaissance mais pas forcément de prise en charge. Lorsquon accueille on se met dans une position active et au service de lautre mais on attend aussi de lautre une certaine réciprocité. Ce sont des personnes quon accueille parce quelles ont des ressources, un passé encore vivant, une appartenance à une autre histoire. Ce nest pas le cas pour des personnes comme les SDF qui ne peuvent pas toujours répondre, parce quelles nont même pas de réponses pour elles-mêmes. Espace public, espace psychique : La visibilité des sujets SDF en question, Colette Pitici, psychologue clinicien, docteur en psychologie clinique, membre du Collectif Autour de lErrance, Franck Mathieu, psychologue clinicien, docteur en psychologie clinique, membre du Collectif Autour de lErrance. Selon les estimations des associations, l dun SDF en France se situe de 40 à 50 ans. Contrairement à une idée reçue renforcée par les médias chaque hiver, des SDF meurent tout au long de lannée et le froid les tue moins souvent que les ou les accidents. Emploi et exclusion sociale Sylvie Quesemand Zucca, Je vous salis ma rue, clinique de la désocialisation, Édition Stock 2007 ISBN 978-2234059993 Aguirre-Beltrán, G 1994. El negro esclavo en Nueva España, la formación colonial, la medicina popular y otros ensayos, FCE, México. Lionel Thelen, Le sans-abrisme en Belgique, en France et au Portugal : de la nudité sociale à la versatilité du Soi, Florence, Institut Universitaire Européen, 2002.