46De même, Char reprenait et modifiait ses poèmes, et souvent les détruisait ou sabstenait de les publier. Selon lui le poète nest que le passeur de tout cela qui forme un ordre. Et un ordre insurgé 52, dont il ne maîtrise pas totalement le surgissement et sur lequel il sinterroge. On perçoit tout au long de léchange une profonde complicité morale et spirituelle. Même sil apparaît que Camus, avide dadmiration, est plus marqué par loeuvre de son aîné-qui lui fait redécouvrir le prestige de la poésie-que linverse. Avant de vous connaître, je me passais de la poé sie, avoue Camus en 1956. Un an plus tard, Char adresse au Figaro un texte en lhonneur de Camus que le prix Nobel vient de récompenser. Il cite une phrase de Nietzsche qui sapplique à égalité à leurs deux esprits : Jai toujours mis dans mes écrits toute ma vie et toute ma personne. Jignore ce que peuvent être des problèmes purement intellectuels.
Elle marche avec cette aisance des mauvais métiers qui est aussi la mienne. : Ibid, p 664. Rivière des meilleurs que soi, rivière des brouillards éclos, Questions-réponses sur Dans la pluie giboyeuse et le poème Ruine dAlbion pour Le Monde Novembre 1968 Manuscrit autographe Bibliothèque cantonale et universitaire Lausanne, Fonds René Char, IS 5860 Dépôt dAnne Favre-Reinbold Copyrights Succession René Char Son père Joseph Émile Magne Char, qui a abrégé son nom, est maire de LIsle-sur-la-Sorgue à partir de 1905 et devient en 1907 administrateur délégué des de. René Char passe son enfance aux Névons, vaste demeure familiale dont la construction au milieu dun parc venait dêtre achevée à sa naissance, et où logent également ses grands-parents Rouget. Il bénéficie de laffection de son père, et il est attaché à sa grand-mère maternelle, à sa sœur Julia, à sa marraine Louise Roze et sa sœur Adèle, qui habitent une vaste maison au centre de la ville, mais subit le rejet hostile de sa mère, catholique pratiquante opposée aux idées politiques de son mari, et de son frère. La famille passe lété dans une autre de ses propriétés, La Parellie, entre lIsle et.
-est mort hier. Je ne pourrais pas vous faire cours. Mot de passe Champ obligatoire Rester connectée Nous regardions couler devant nous leau grandissante. Elle effaçait dun coup la montagne, se chassant de ses flancs maternels. Ce nétait pas un torrent qui soffrait à son destin mais une bête ineffable dont nous devenions la parole et la substance. Elle nous tenait amoureux sur larc tout-puissant de son imagination. Quelle intervention eût pu nous contraindre? La modicité quotidienne avait fui, le sang jeté était rendu à sa chaleur. Adoptés par louvert, poncés jusquà linvisible, nous étions une victoire qui ne prendrait jamais fin. Œuvres complètes, 1995, réédition augmentée Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade 37 R. Char, Une communication?, op. Cit, p 664. Sauf quon a laissé un film sur le bord de la route. Ce film qui ne sest pas fait mais qui, dans son sillage, a vu fleurir le festival, il sappelait Ceux qui dormaient dans la laine, titre qui devint par la suite le Soleil des eaux. Il devait évoquer lhistoire dune communauté de pêcheurs soudain confrontés à la pollution de leur rivière par les rejets de chlore dune papeterie. Le tournage était prévu à LIsle-sur-la-Sorgue et dans des villages des environs Le Thor, Lacoste, Oppède. En 1913, René Char entre à lécole. Mordu en 1917 par son chien enragé, il est lun des premiers à recevoir à lhôpital de Marseille le vaccin mis au point par Pasteur. Après la mort de son père, le 15 janvier 1918, dun cancer du poumon, les conditions matérielles dexistence de la famille deviennent précaires. René Char se lie vers 1921 avec Louis Curel, cantonnier, admirateur de la Commune de Paris, et membre du Parti communiste, quil dépeindra sous le nom dAuguste Abondance dans Le Soleil des eaux, son fils Francis, élagueur, Jean-Pancrace Nougier, dit lArmurier il répare les vieux fusils, quil évoquera dans Le Poème pulvérisé, et qui sera lui aussi lun des personnages du Soleil des eaux, les pêcheurs de la Sorgue, et quelques vagabonds au parler poétique quil nommera plus tard les Transparents. Contradiction au point dappui de la création même, que Char trouve son
prend alors une nouvelle ampleur : dernier opus du cycle sur la révolte, Les Justes annonce la grande œuvre théorique de Camus, LHomme révolté, qui lui vaut les foudres et linimitié de lintelligentsia française, dont Sartre. Camus est très profondément affecté par la violente incompréhension de ses pairs. René Char, confident de la longue maturation de lœuvre, est un des rares à défendre publiquement ce grand livre de secours, pathétique et net comme une tête trépanée. à RENÉ CHAR, frère de route, ce livre de bord dun commun voyage vers le temps des hommes, en attendant midi. Affectueusement Albert Camus Actuelles I La vérification e-mail a échoué, veuillez réessayer.